L’urgence et l’ignorance ne suffisent plus à fonder l’action de nos autorités (24/08/2020)

Lorsqu’en mars dernier, Confédération et Cantons ont imposé des mesures sévères et dommageables, même si certaines se sont révélées peu appropriées ou excessives, la population s’est montrée compréhensive et disciplinée. Les citoyens suisses ont témoigné de la confiance, de la discipline, de la solidarité et de la compréhension ; ils ont très vite compris le caractère exceptionnel de la situation. Les suisses n’ont pas seulement eu peur de mourir, ils ont été déstabilisés par les conséquences possibles mais inconnues et imprévisibles de la pandémie annoncée. Les autorités n’ont eu aucune peine à imposer un principe de précaution. Dans l’urgence, il fallait éviter, coûte que coûte, que les hôpitaux soient débordés et que les gens meurent. L’intérêt public prépondérant était reconnu.

Des mesures prises en mars, il en reste encore beaucoup : distance sociale, lavage fréquent des mains ou, par exemple, restrictions importantes imposées à certains acteurs économiques comme l’hôtellerie, la restauration, la vie en EMS ou le transport aérien. Certaines ont disparu et d’autres, comme le port systématique du masque ou la mise en quarantaine, se sont ajoutées.

Mais ce qui frappe maintenant, c’est le changement de comportement des citoyens. A la confiance, succède la méfiance, à la discipline, l’indiscipline, à la solidarité, l’individualisme et à la compréhension, l’incompréhension. Je suis assez surpris de voir que les autorités et les médias n’essaient pas de mieux comprendre les raisons du récent manque d’adhésion de la population laquelle se traduit par une désobéissance civile importante. Là où le contrôle est facile et les sanctions impitoyables, le citoyen ou l’entreprise n’a pas le choix. Si le port du masque n’est pas imposé dans un commerce, celui-ci sera immédiatement fermé. Mais s’il est question de prendre le soleil à Baby plage … la bienveillance des autorités est la règle.

Je n’ai que peu de compétence pour juger de la pertinence de toutes les mesures prises, comme, par exemple, celle du port du masque en extérieur. Je suis contraint de me fier aux dires d’experts, parfois choisis pour le message à faire passer, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas unanimes. Je ne comprends d’ailleurs pas ce qui permet de distinguer l’expert du simple scientifique. De même, il m’apparaît difficile de trancher entre les épidémiologistes qui annoncent l’imminence d’une deuxième vague et ceux qui prétendent que le virus mute progressivement et que notre système immunitaire est en train de s’adapter.

En revanche, comme citoyen, je suis en droit de demander à mes autorités un peu plus de clarté quant à l’intérêt public actuellement déterminant et à la base des mesures prises. Cette question est d’ailleurs la seule qui relève de la compétence exclusive des autorités politiques. L’objectif est-il toujours de limiter la mortalité ? Est-ce toujours la surcharge des hôpitaux qui préoccupe ? Voulons-nous simplement empêcher ou contenir la circulation du virus ? Dans l’affirmative, avons-nous abandonné l’idée d’une immunité collective ?

La définition précise de l’intérêt public recherché et sa communication sont essentielles. A défaut la population ne peut pas saisir le sens des restrictions qui lui sont imposées et il lui sera impossible de les respecter dans la durée. Cet exercice pourrait également être utile pour les autorités elles-mêmes car il ne semble pas certain que, le nez dans le guidon, elles discernent vraiment ce qu’elles recherchent actuellement, en multipliant les interdictions pas toujours compréhensibles et les exigences envers la population et les entreprises ; seule la fonction publique, semble épargnée. Si nos autorités se montrent promptes à fustiger les quelques commerçants ou artisans récalcitrants aux mesures sanitaires, quel flot d’excuses peu convaincantes pour justifier la gabegie, encore actuelle, de certains services de l’État.

Si l’objectif est de limiter la mortalité, il va probablement falloir prendre des mesures mieux ciblées pour protéger prioritairement les personnes à risques : les malades, les obèses et les personnes âgées, notamment. Nous savons désormais que le risque de décès est quasiment nul pour les autres. En outre, il conviendrait d’expliquer pourquoi l’État veut prioritairement limiter les décès liés à la COVID-19, effort fait parfois au détriment des autres pathologies toutes aussi mortifères.

Si l’intérêt public réside dans la maîtrise de la capacité sanitaire, il est nécessaire d’expliquer à la population comment L’État gère la croissance des hospitalisations en lien avec la croissance des cas détectés. Le taux d’hospitalisation est, en moyenne, dix fois plus faibles chez les jeunes. Aussi, il semble indispensable de communiquer le nombre de cas par classe d’âge et d’indiquer précisément à partir de quel nombre de patients hospitalisés, la capacité sanitaire du pays est mise à mal. Les citoyens ont montré qu’ils sont intelligents et responsables : ils sont capables d’accepter certaines contraintes si celles-ci ont du sens.

Si l’objectif est de limiter la circulation du virus, indépendamment de la mortalité qu’il engendre et du risque de surcharge du système de soin, il faut en donner les raisons. N’est-il pas, au contraire, favorable d’augmenter le taux d’immunité collective au sein de la population qui ne présente statistiquement que peu de risques ? L’immunité des jeunes adultes ne permettrait-elle pas de contribuer à réduire, à terme, la propagation du virus auprès de personnes plus vulnérables ? Je n’ai pas les réponses à ces questions. Je peux également entendre que les réponses de la science sont encore incertaines et que les experts sont divisés. En revanche, je suis en droit de savoir quel est l’objectif recherché par nos autorités quand elles nous imposent des restrictions extrêmement importantes, qu’elles condamnent à la faillite certaines entreprises, qu’elles génèrent un accroissement du chômage et qu’elles produisent de nouvelles situations sociales très compliquées.

Nous allons devoir gérer le coronavirus pendant des années. Si personne ne sait quelle va être l’évolution exacte du virus, nous avons le droit de savoir quels critères vont induire quelles mesures.

L’État ne peut plus se contenter de réactions prises en urgence. Les autorités doivent dorénavant convaincre du bien-fondé de leurs décisions, lesquelles s’inscrivent durablement dans le paysage sanitaire, social et économique du pays. Cela passe par une explication tant de l’intérêt public recherché que de la proportionnalité et de l’adéquation des mesures imposées à la situation. L’approximation des premières heures (par exemple la fermeture générale des chantiers et des services publics) qui pouvait se justifier par une situation inédite, aujourd’hui ne passe plus.

Les présentes lignes n’ont pas pour but de critiquer les mesures prises, ni d’ailleurs de les soutenir. Elles n’ont pas pour but non plus de prendre position sur les avis scientifiques divergents étalés dans la presse.

J’aimerais toutefois comprendre : que recherche-t-on aujourd’hui ? Fort de cette réponse, je pourrai peut-être me faire un avis éclairé. Avant, cela m’apparaît difficile.

 

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