Libre Liberté Libéral

  • Un État plus agile. Un État plus solidaire. Un État plus réactif.

    Imprimer

    La Tribune de Genève publiait en une de son édition du 6 février 2021 :

    « EMS : moins de résidents, plus de licenciements.  »

    Dire que j’ai été surpris par un tel titre, par une telle vision, relève de l’euphémisme. J’ai donc fait part de ma surprise sur un réseau social bien connu.

    Mes propos avaient la teneur suivante :

    "Un État plus agile. Un État plus solidaire. Un État plus réactif.

    Je fais une proposition simple et facile à mettre en œuvre.

    La presse nous relate l’une des conséquences provisoires de la crise sanitaire actuelle : le personnel des EMS est sous-occupé alors qu’en revanche, le personnel chargé de l’aide à domicile est débordé.

    Au lieu de licencier les premiers et de surcharger les seconds, je propose que, pour une période donnée, certains employés d’EMS puissent venir soulager ceux qui travaillent sans relâche, par exemple, à l’Imad."

    Sur interpellation d’un internaute, Nicolas Walder, Conseiller national du parti Les Verts, mais surtout Président de la Fédération genevoise des établissements médicaux-sociaux (Fegems) m’a aimablement répondu ce qui suit :

    « Cher Cyril,
    C’est une idée intéressante que nous avions aussi abordé au sein de la fédération, mais qui n’est malheureusement pas si simple. D’abord parce que les métiers et donc les compétences ne sont pas forcément identiques entre les soins à domiciles et les EMS. Aussi parce que, les EMS étant des lieux de vie, de nombreuses fonctions ne concernent pas le secteur des soins, et donc pas transférables à l’IMAD.
    Enfin parce que cela ne pourra se faire que sur base volontaire et avec une coordination au niveau du réseau de soins.
    Mais notre idée est bien de pouvoir discuter avec le département de ce type de collaborations. »

    Je le remercie infiniment de sa réponse. Elle illustre toutefois, pour ma part, la nécessité d’un État plus agile, d’un État plus solidaire et d’un Etat plus réactif.

    J’aurais en effet aimé une réponse plus engageante. J’ai essayé de l’imaginer. En fait, j’aimerais qu’elle ait pu être celle-ci:

    "Cher Cyril,

    C’est une idée intéressante que nous avons déjà abordé au sein de la fédération. Même si sa mise en œuvre implique de dépasser certaines entraves administratives, nous avons décidé d’agir immédiatement en ce sens. L’Imad nous a déjà fait part de son intérêt et nous a assuré de sa parfaite collaboration.

    Les métiers ne sont pas toujours identiques pour les soins à domiciles et au sein des EMS, mais nous avons aussi l’avantage de disposer d’un personnel compétent et qualifié. Les EMS sont des lieux de vie mais plusieurs fonctions concernent aussi le secteur des soins. De nombreux collaborateurs pourraient être immédiatement utiles à l’Imad, mais d’autres doivent suivre une formation complémentaire.

    Sur ce dernier point, nous avons déjà obtenu l’aide conjointe et coordonnée du Département de l’instruction publique, du Département de la cohésion sociale et du Département de la sécurité, de l'emploi et de la santé. Des formations ad hoc seront mises en place à bref délai.

    Comme tu le sais, cette collaboration ne peut se faire que sur une base volontaire mais cela n’est concrètement pas un obstacle : les volontaires sont déjà très nombreux. Ils aiment leur métier et ont à cœur d’apporter aide, soins et soutien aux seniors de notre Canton. Ils savent, de surcroît, que cette expérience nouvelle leur sera profitable et qu’ils pourront la valoriser tout au long de leur carrière professionnelle.

    Il convient de souligner que cette collaboration a pu être mise en œuvre rapidement. Les directions des EMS et de l’Imad ont pris leurs responsabilités avec la pleine confiance des autorités politiques. Les employés concernés sont contents d’être ainsi reconnus comme des acteurs indispensables de la lutte contre la Covid-19.

    Enfin, j’ajoute qu’il n’a pas été nécessaire de multiplier les discussions avec les départements compétents ou de créer les habituels groupes de travail pour étudier la question et mettre en évidence les difficultés de l’opération.

    Très cordialement,

    Nicolas

    PS. Je compte sur toi pour convaincre ton groupe de voter le crédit complémentaire nécessité par la mise en place de la formation ad hoc susmentionnée. Tu peux d’ores et déjà compter sur moi pour démontrer au parlement que celle-ci contribuera à la bonne gestion de nos EMS. Je te donnerai des chiffres précis sur les conséquences positives d’avoir un personnel bien formé et valorisé, notamment en matière d’absentéisme, lors du prochain contrat de prestation."

    Lien permanent 4 commentaires
  • L’urgence et l’ignorance ne suffisent plus à fonder l’action de nos autorités

    Imprimer

    Lorsqu’en mars dernier, Confédération et Cantons ont imposé des mesures sévères et dommageables, même si certaines se sont révélées peu appropriées ou excessives, la population s’est montrée compréhensive et disciplinée. Les citoyens suisses ont témoigné de la confiance, de la discipline, de la solidarité et de la compréhension ; ils ont très vite compris le caractère exceptionnel de la situation. Les suisses n’ont pas seulement eu peur de mourir, ils ont été déstabilisés par les conséquences possibles mais inconnues et imprévisibles de la pandémie annoncée. Les autorités n’ont eu aucune peine à imposer un principe de précaution. Dans l’urgence, il fallait éviter, coûte que coûte, que les hôpitaux soient débordés et que les gens meurent. L’intérêt public prépondérant était reconnu.

    Des mesures prises en mars, il en reste encore beaucoup : distance sociale, lavage fréquent des mains ou, par exemple, restrictions importantes imposées à certains acteurs économiques comme l’hôtellerie, la restauration, la vie en EMS ou le transport aérien. Certaines ont disparu et d’autres, comme le port systématique du masque ou la mise en quarantaine, se sont ajoutées.

    Mais ce qui frappe maintenant, c’est le changement de comportement des citoyens. A la confiance, succède la méfiance, à la discipline, l’indiscipline, à la solidarité, l’individualisme et à la compréhension, l’incompréhension. Je suis assez surpris de voir que les autorités et les médias n’essaient pas de mieux comprendre les raisons du récent manque d’adhésion de la population laquelle se traduit par une désobéissance civile importante. Là où le contrôle est facile et les sanctions impitoyables, le citoyen ou l’entreprise n’a pas le choix. Si le port du masque n’est pas imposé dans un commerce, celui-ci sera immédiatement fermé. Mais s’il est question de prendre le soleil à Baby plage … la bienveillance des autorités est la règle.

    Je n’ai que peu de compétence pour juger de la pertinence de toutes les mesures prises, comme, par exemple, celle du port du masque en extérieur. Je suis contraint de me fier aux dires d’experts, parfois choisis pour le message à faire passer, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ne sont pas unanimes. Je ne comprends d’ailleurs pas ce qui permet de distinguer l’expert du simple scientifique. De même, il m’apparaît difficile de trancher entre les épidémiologistes qui annoncent l’imminence d’une deuxième vague et ceux qui prétendent que le virus mute progressivement et que notre système immunitaire est en train de s’adapter.

    En revanche, comme citoyen, je suis en droit de demander à mes autorités un peu plus de clarté quant à l’intérêt public actuellement déterminant et à la base des mesures prises. Cette question est d’ailleurs la seule qui relève de la compétence exclusive des autorités politiques. L’objectif est-il toujours de limiter la mortalité ? Est-ce toujours la surcharge des hôpitaux qui préoccupe ? Voulons-nous simplement empêcher ou contenir la circulation du virus ? Dans l’affirmative, avons-nous abandonné l’idée d’une immunité collective ?

    La définition précise de l’intérêt public recherché et sa communication sont essentielles. A défaut la population ne peut pas saisir le sens des restrictions qui lui sont imposées et il lui sera impossible de les respecter dans la durée. Cet exercice pourrait également être utile pour les autorités elles-mêmes car il ne semble pas certain que, le nez dans le guidon, elles discernent vraiment ce qu’elles recherchent actuellement, en multipliant les interdictions pas toujours compréhensibles et les exigences envers la population et les entreprises ; seule la fonction publique, semble épargnée. Si nos autorités se montrent promptes à fustiger les quelques commerçants ou artisans récalcitrants aux mesures sanitaires, quel flot d’excuses peu convaincantes pour justifier la gabegie, encore actuelle, de certains services de l’État.

    Si l’objectif est de limiter la mortalité, il va probablement falloir prendre des mesures mieux ciblées pour protéger prioritairement les personnes à risques : les malades, les obèses et les personnes âgées, notamment. Nous savons désormais que le risque de décès est quasiment nul pour les autres. En outre, il conviendrait d’expliquer pourquoi l’État veut prioritairement limiter les décès liés à la COVID-19, effort fait parfois au détriment des autres pathologies toutes aussi mortifères.

    Si l’intérêt public réside dans la maîtrise de la capacité sanitaire, il est nécessaire d’expliquer à la population comment L’État gère la croissance des hospitalisations en lien avec la croissance des cas détectés. Le taux d’hospitalisation est, en moyenne, dix fois plus faibles chez les jeunes. Aussi, il semble indispensable de communiquer le nombre de cas par classe d’âge et d’indiquer précisément à partir de quel nombre de patients hospitalisés, la capacité sanitaire du pays est mise à mal. Les citoyens ont montré qu’ils sont intelligents et responsables : ils sont capables d’accepter certaines contraintes si celles-ci ont du sens.

    Si l’objectif est de limiter la circulation du virus, indépendamment de la mortalité qu’il engendre et du risque de surcharge du système de soin, il faut en donner les raisons. N’est-il pas, au contraire, favorable d’augmenter le taux d’immunité collective au sein de la population qui ne présente statistiquement que peu de risques ? L’immunité des jeunes adultes ne permettrait-elle pas de contribuer à réduire, à terme, la propagation du virus auprès de personnes plus vulnérables ? Je n’ai pas les réponses à ces questions. Je peux également entendre que les réponses de la science sont encore incertaines et que les experts sont divisés. En revanche, je suis en droit de savoir quel est l’objectif recherché par nos autorités quand elles nous imposent des restrictions extrêmement importantes, qu’elles condamnent à la faillite certaines entreprises, qu’elles génèrent un accroissement du chômage et qu’elles produisent de nouvelles situations sociales très compliquées.

    Nous allons devoir gérer le coronavirus pendant des années. Si personne ne sait quelle va être l’évolution exacte du virus, nous avons le droit de savoir quels critères vont induire quelles mesures.

    L’État ne peut plus se contenter de réactions prises en urgence. Les autorités doivent dorénavant convaincre du bien-fondé de leurs décisions, lesquelles s’inscrivent durablement dans le paysage sanitaire, social et économique du pays. Cela passe par une explication tant de l’intérêt public recherché que de la proportionnalité et de l’adéquation des mesures imposées à la situation. L’approximation des premières heures (par exemple la fermeture générale des chantiers et des services publics) qui pouvait se justifier par une situation inédite, aujourd’hui ne passe plus.

    Les présentes lignes n’ont pas pour but de critiquer les mesures prises, ni d’ailleurs de les soutenir. Elles n’ont pas pour but non plus de prendre position sur les avis scientifiques divergents étalés dans la presse.

    J’aimerais toutefois comprendre : que recherche-t-on aujourd’hui ? Fort de cette réponse, je pourrai peut-être me faire un avis éclairé. Avant, cela m’apparaît difficile.

     

    Lien permanent 17 commentaires
  • La crise liée au virus COVID-19 ne justifie pas tout.

    Imprimer

    Je le dis sans ambages : durant la crise, les autorités helvétiques se sont montrées à la hauteur. Elles ont su prendre les dispositions qui s’imposaient avec mesure et discernement. Dans une certaine mesure, il en a été de même des autorités genevoises. Dans bien des domaines, ce qui paraissait impossible à mettre en œuvre l’a été avec célérité et intelligence. Il conviendra, par exemple, de poursuivre la collaboration fructueuse mise en place entre les différents acteurs en matière de santé : hôpitaux universitaires, cliniques privées et médecine de ville sont d’abord complémentaires, avant d’être concurrents. Le secteur public n’a pas l’exclusivité des tâches d’intérêt public. Il n’est nul besoin de fonctionnariser la caissière de supermarché pour lui reconnaitre un rôle essentiel dans la gestion de la crise de ces derniers mois.


    En revanche, cette crise a aussi mis en évidence certaines carences préexistantes de notre système étatique cantonal, pourtant fort doté en personnel et en moyens financiers. La gestion des stocks de masques chirurgicaux n’en est qu’un exemple. Il faudra surtout revoir de nombreux processus administratifs ; souvent archaïques, ils n’ont même pas résisté aux premières heures du virus. Certains services sont restés quasiment à l’arrêt pendant deux mois, sans raison sanitaire et au détriment du citoyen. On peut faire beaucoup mieux en faisant beaucoup plus simplement. La déresponsabilisation, corollaire de l’hyper contrôle doit rapidement laisser place à un management fondé sur la confiance. Il y a trop de chefs, trop de commissions, trop d’audits, trop de groupes de travail et trop de surveillants en tous genres qui conduisent, sur le terrain, aux blocages ou aux incohérences que l’on a pu constater. Partons du principe qu’un fonctionnaire est capable d’effectuer les tâches qui lui sont confiées et réaffectons à d’autres fonctions ceux qui ne donnent pas satisfaction dans leur emploi actuel. Mais soyons franc, les carences précitées nous étaient préalablement connues, la crise n’ayant fait que nous les rendre plus visibles.


    Si la gestion de la crise a plutôt rassuré, la période de déconfinement inquiète. Nos autorités cantonales ne semblent pas avoir pris la mesure des enjeux. À l’inverse d’un Conseil fédéral uni dans la difficulté, le Conseil d’État genevois apparaît totalement disloqué. Les Conseillers d’État se montrent en ordre dispersé pour faire passer ou mettre en œuvre des projets irréfléchis et mal ficelés. Nos magistrats ne cachent même plus leur mésentente ; c’est l’ère du chacun pour soi. Et pourtant, l’heure est grave. Il n’y a pas qu’à Genève que l’économie a mis un genou à terre : il est d’important de réaliser qu’il faut rapidement être parmi ceux qui, les premiers, se tiendront fermement sur leurs deux pieds. Sinon, je crains le pire.


    Empêtré dans les affaires qui ont touché l’un de ses membres, le Conseil d’État s’est divisé et n’a pas réussi à se réorganiser sérieusement et durablement. Le discours de Saint-Pierre a été archivé sans même avoir servi et on assiste une politique du coup par coup sans cohérence ni vision d’ensemble.


    La désorganisation est grande et fort préjudiciable aux affaires de la cité. L’actuel président du Conseil d’État rêve de ne plus l’être. Son prédécesseur aspire à le redevenir. Au lieu d’imaginer une solution où le seul intérêt du Canton compte, on dépose, à la va-vite, un projet de loi constitutionnelle destiné à remettre en vigueur une présidence tournante. Je suis personnellement en faveur de cette solution, mais peut-être aurait-il fallu, pour faire les choses utilement, dresser un bilan de la présidence unique.


    Autre signe de dysfonctionnement : incapable de gérer lui-même les principaux enjeux de la République, l’actuel Conseil d’État fait appel à ses prédécesseurs. Lors de la législature précédente, David Hiller avait été appelé à la rescousse lors de la crise des Ports-francs. Le développement du secteur Praille Acacias Vernets (PAV) est en panne : qu’à cela ne tienne, on rappelle Robert Cramer à la présidence de la fondation PAV. Palexpo SA est en difficulté : peu importe, la solution s’appelle François Longchamp ; il devrait être nommé à la présidence de cette société sous peu. Peut-être irons-nous chercher, dès demain, Michèle Künzler pour pacifier la guerre des transports ravivée par l’actuel magistrat ou Laurent Moutinot pour faire un bilan de la nouvelle loi sur la police.


    Et puisqu’il est question de Palexpo SA, l’exemple du projet de loi spécieux destiné à sauver le Salon de l’Auto illustre bien la désorganisation du Conseil d’État qui fait trop souvent abstraction d’une bonne marche des affaires du canton. L’idée, telle qu’elle était initialement présentée, était simple et séduisante : la fondation organisatrice (GIMS) avait besoin d’un prêt de 16,8 millions pour assumer ses obligations financières consécutives à l’annulation du dernier Salon. L’État acceptait de prêter la somme demandée et exigeait, en contrepartie, le nantissement des actions de Palexpo SA propriété de ladite fondation. On peut aimer ou détester le Salon de l’Auto. On peut être sensible ou insensible aux retombées économiques de la manifestation (200 millions par an environ). On peut être pour ou contre ce projet de loi. Mais ce qui ne nous a pas été spontanément dit par le représentant du Conseil d’État, c’est qu’il entendait conditionner ce prêt à l’organisation conjointe du Salon de l’Auto par Palexpo SA. Et cela change tout. Cela change tout pour la fondation organisatrice qui risque de perdre la confiance des importateurs et des marques qui participent et financent le Salon. Cela change tout en matière de gouvernance : Palexpo SA serait bailleur et locataire. Cela change tout car la crise sanitaire ne peut servir de prétexte à l’étatisation discrète du plus grand événement populaire de Suisse. Cela change tout, car le Conseil d’État n’a même pas eu la présence d’esprit de confier ce dossier à un autre de ses membres alors que figure toujours, au Conseil d’administration de Palexpo SA, le principal sponsor privé du Conseiller d’État en charge du Département du développement économique (DDE). Dans cette affaire, le Conseil d’État a tenté de cacher un élément essentiel au parlement. Espérons que cela ne conduise pas à la disparition définitive, à Genève, du Salon de l’Auto.


    Il y a de nombreux autres signes de fébrilité du Conseil d’État dans cette gestion de sortie de crise : les pistes cyclables provisoires en sont un autre exemple. À titre personnel, je suis très favorable à la mise en place, en nombre, de pistes cyclables. Mais il y a la manière. La méthode du magistrat en charge du Département des infrastructures (DI) est incompréhensible. On se demande toujours quel était l’intérêt de déterrer la hache de guerre des transports, lequel a d’ailleurs permis de rendre inutilement visible les contestataires. Comment le magistrat concerné peut-il honnêtement prétendre que les pistes cyclables dessinées nuitamment sont provisoires : après avoir fâché la moitié de la population en les dessinant, croit-il vraiment qu’il puisse fâcher l’autre moitié des Genevois en les supprimant ? Ce passage en force n’a pas de sens et la crise sanitaire n’a été qu’un prétexte fallacieux : il n’y avait pas d’urgence. Une fois l’agitation passée, les partisans d’une mue indispensable et concertée en matière de mobilité douce reprendront la main. Les genevois sont nombreux, et même certainement majoritaires, à réclamer des pistes cyclables en nombre en l’application de l’IN 144, une facilitation du trafic professionnel, une fluidité dans le U lacustre et une traversée du lac en application de l’IN 157. Une solution simple qui demande un minimum de travail, qui s’inscrit dans le cadre d’un fonctionnement collégial du Conseil d’État, mais qui est incompatible avec une démarche individuelle qui permet à un Conseiller d’État de se mettre en avant et de faire la une des journaux à l’occasion du déconfinement.


    La manière un peu gauche du Conseil d’État masque aussi son absence de vision et une improvisation dans les projets annoncés. Il est important que l’État reste dans son rôle. Même la crise ne justifie pas une politique « arrosoir » et cette dernière ne devient pas vertueuse parce qu’elle s’inscrit dans la sensibilité du moment et qu’elle est soutenue par un magistrat de droite. L’argent public, aujourd’hui distribué par les autorités genevoises, ne résulte pas de la planche à billets de la BNS mais des impôts prélevés auprès des contribuables. Dans l’hypothèse – ici réalisée - d’un financement à crédit, il proviendra même de la poche des futurs contribuables que l’on estime être toujours « les autres » : dans le cas présent, « les autres » seront nos enfants. Dans ce contexte, la proposition du Conseil d’État pour une « offre d’appel » en soutien au secteur du tourisme dans le cadre de la crise sanitaire du coronavirus (COVID-19) ne saurait être soutenue. Ces aides sectorielles à fonds perdus sont, en soi, problématiques. Soit elles s’adressent aux seules entreprises en difficultés, et cela crée une inégalité de traitement, soit elles visent toutes les entreprises, y compris celles qui en ont moins besoin, et cela constitue une mauvaise allocation des deniers publics. La seconde option est toutefois la seule praticable car il serait insoutenable que l’État pénalise les entrepreneurs rigoureux au profit des plus imprudents. Une faillite n’est jamais souhaitable, mais elle fait partie intégrante du risque entrepreneurial.


    Dans le cas particulier, outre son aspect « arrosoir », la mesure proposée est mal ciblée et privilégie injustement certains acteurs du secteur ; l’« offre d’appel » imaginée par le Conseil d’État est la suivante : l'État de Genève verse une indemnité à l'hôtelier à hauteur du tiers du prix de la chambre. Celle-ci est arbitrairement fixée par le nombre d'étoiles (100 francs par étoile) et le nombre de nuitées. Il s'agit d'une indemnisation partielle de l'hôtelier, lorsque celui-ci a accepté de participer à l'opération «100 francs par étoile», étant entendu que l'hôtelier renonce au tiers du prix de la chambre.


    Cette offre est assurément mal ciblée car elle bénéficiera principalement aux palaces cinq étoiles tout en prétendant viser une clientèle suisse de la classe moyenne. En effet, si vous voulez réserver une chambre dans un hôtel trois étoiles au mois de juillet 2020, et que vous allez aujourd’hui sur un site de réservation bien connu, vous trouverez de très nombreuses offres entre CHF 100.- et CHF 120.- par nuit. Aussi, le fait de proposer une chambre à CHF 100.- via le programme d’« offre d’appel » imaginé par le Conseil d’État, n’a que peu d’attrait. Si vous renouvelez l’exercice pour une chambre dans un hôtel cinq étoiles, la plupart des offres sont supérieures à CHF 400.- par nuit. Aussi, le fait de proposer une chambre à CHF 166.- via le programme d’« offre d’appel » imaginé par le Conseil d’État est dans ce cas attractif. Entre une chambre dans un palace à CHF 166.- et une chambre à CHF 100 dans un hôtel trois étoiles, que pensez-vous que nos compatriotes lucernois choisiront ?


    Au caractère mal ciblé de la mesure, s’ajoute l’obligation pour les hôteliers souhaitant participer à l’opération, de s'inscrire auprès de la Fondation Genève Tourisme & Congrès qui sera la seule centrale de réservation agréée. Pourquoi faut-il contraindre les hôteliers de travailler avec cette centrale de réservation ? Dans les faits, ce projet de loi aura pour effet de détourner une part de la clientèle suisse de classe moyenne, habituellement adepte d’hôtels de classe moyenne au profit de palaces subventionnés par l’État. En réalité, l’opération de sauvetage du Salon de l’Auto est utilisée pour favoriser Palexpo SA et le soutien au secteur du tourisme pour privilégier la centrale de réservation de la Fondation Genève Tourisme & Congrès.


    Faut-il pour autant ne rien faire ? Assurément non. L’État a son rôle à jouer. Il doit évidemment contribuer à maintenir un tourisme d’affaires à Genève. L’État et le Département du développement économique (DDE) doivent se montrer encore plus actif pour attirer les événements internationaux en plus grand nombre. De même, il appartient également à l’État de développer et mettre en valeur les sites touristiques dont il a la charge. C’est en rendant Genève attractive pour les touristes suisses et européens que les hôtels se rempliront, ce n’est pas en remplissant les hôtels aux frais du contribuable que Genève deviendra une destination touristique prisée.

    Lien permanent 2 commentaires