06/12/2012

Lettre à l'enseignante de ma fille

Chère Madame,

J’aimerais avant tout vous dire combien j’apprécie tout ce que vous faites pour vos élèves et, en particulier, pour mon enfant. Malgré l’impossibilité objective de connaître ce qui se passe dans votre classe, je perçois un enseignement d’une qualité remarquable, fruit d’un travail conséquent et d’une passion certaine. Je vous suis particulièrement reconnaissant de transmettre quotidiennement à ma fille non seulement un savoir qui lui est essentiel,  mais également le goût d’apprendre et le plaisir de la connaissance.

Vous n’avez assurément pas choisi votre profession pour le salaire qu’elle procure ou pour les éventuels avantages qu’elle donne. Les difficultés du métier, l’inutile surcharge administrative imposée par votre hiérarchie et les critiques, souvent injustes, de certains parents ne vous découragent pas. Vous aimez enseigner et cela se voit.

J’ai donc été particulièrement surpris de recevoir votre lettre datée du 4 décembre annonçant votre décision de faire grève le 6 décembre. Certes ce droit vous appartient et il doit être respecté. Mais cette correspondance ne vous correspond pas.

A la forme, elle est d’une présentation douteuse et d’une rédaction approximative. Inconsciemment, en vous bornant à signer une lettre circulaire manifestement préparée par un tiers, vous avez sans doute cherché à montrer que ce mouvement de grève n’était pas complétement le vôtre et qu’ainsi vous pouviez marquer une nécessaire distance.

Au fond, l’argumentation développée pour justifier votre choix est spécieuse. Tout en rappelant que le parlement genevois doit se prononcer sur un budget déficitaire, vous écrivez vouloir lutter contre de prétendues mesures d’économie drastiques suggérées par certains partis, dont deux concerneraient l’école. Vous ne vous opposez donc pas à des mesures prises,  pas même à un projet de budget préparé par le Conseil d’Etat, mais à de simples propositions, faites dans les médias, avant même que celles-ci aient été formellement présentées ou discutées au parlement.

A cela s’ajoute qu’aucune des deux mesures que vous dites vouloir combattre n’a jamais été faite.  Aucun parti n’a formellement demandé l’augmentation des effectifs de classe de deux élèves. Aucun parti n’a affirmé vouloir diminuer le personnel enseignant par le remplacement de deux départs à la retraite par un seul nouvel engagement. Le seul parti qui a suggéré de ne remplacer qu’un fonctionnaire partant sur deux a également indiqué les départements et la catégorie des fonctionnaires concernés. Les enseignants n’étaient pas visés.

La grève est une liberté fondamentale et un outil de lutte parfois indispensable. Mais parce qu’il est précieux et qu’il doit être préservé, le droit de grève, surtout lorsqu’il prend en otage des enfants, doit aussi être réservé à des cas très particuliers.  Comment raisonnablement soutenir que vos actuelles revendications imposent une grève le 6 décembre ?

Enfin, j’aimerais encore vous assurer que ma vive désapprobation de ce mouvement de grève ne signifie pas que je ne partage pas certaines légitimes inquiétudes du corps enseignant. En tant que parent, mais aussi en tant que citoyen, je suis conscient de la nécessité de donner à l’école publique des moyens suffisants pour assurer un enseignement de qualité.

Vous remerciant par avance de votre compréhension, je vous prie de croire, chère Madame, à l’assurance de ma parfaite considération.

Cyril Aellen

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